Commentaire composé « Un monde à portée de main » Maylis de Kerangal 2018

Publié le 28 nov. 2018 il y a 17 jours par camillee.dias - Fin › 1 déc. 2018 dans 14 jours
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Sujet du devoir

Bonsoir, j’ai un commentaire en français sur un texte très récent j’ai beaucoup de mal à trouver un plan, alors si quelqu’un a un peu de temps libre et peut m’aider ce serait très aimable. C’est un extrait d’Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal, 2018

Où j'en suis dans mon devoir

J’ai trouvé des procédés mais je n’arrive pas à trouver le plan 




2 commentaires pour ce devoir


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cachou34600
cachou34600
Posté le 29 nov. 2018

Tu peux nous mettre le texte ?

camillee.dias
camillee.dias
Posté le 30 nov. 2018

Une femme est là, derrière un bureau. Paula ne la dissocie pas immédiatement des lieux tant elle semble faire corps avec eux, y appartenir, emboîtée dans l’espace comme l’ultime pièce d’un puzzle. Elle est penchée sur un cahier dont elle tourne les pages d’un geste lent, puis relève la tête, et pose ses yeux sur la jeune fille avec la sûreté du trapéziste qui se réceptionne sur l’etroi plate-forme au terme d’une figure de voltige. A présent, on la voit bien, on reçoit pleinement ce visage aussi neutre qu’un masque, ce maintien où rien ne force, où rien ne branle, l’économie et la rigueur qui émanent de ce corps face auquel Paula se sent aussitôt pataude, souillon. La blouse de la femme est comme sculptée sur sa personne, semblable à une parure, et son col roulé noir, à la fois écrin et socle, exhibe sa tête tel un collier masaï, souligne la pâleur de la peau, le contour des mâchoires, le menton fort. Elle a beau se tenir à moins d’un mètre de Paula, sa voix semble venir de loin, de l’intérieur des murs, et engendrer un écho quand elle énonce sans préambule : mademoiselle Karst, devenir peintre en décor demande d’acquérir le sens de l’observation et la maîtrise du geste ; autrement dit l’oeil - à cet instant Paula se souvient qu’elle n’a que trop tardé à ôter ses lunettes -, et la main - la femme ouvre une paume, signant sa parole. Silence. Le fond de l’air est sec, métallique, agité comme si la pièce avait été frottée au chiffon et que des forces électrostatiques la chargeaient à bloc. Paula est immobile sur sa chaise, le dos droit, le cou tendu. Peut-être que c’est déjà fini, pense-t-elle, peut-être que tout a été dit, qu’il n’y a rien à ajouter, l’oeil et la main, voilà, c’est bon, j’ai compris, je me lève et j’y vais. Mais la femme poursuit de sa voix profonde - une voix de bronze, souple, qui semble se former dans le thorax et non de la gorge - : le trompe-l’œil est la rencontre d’une peinture et d’un regard, il est conçu pour un point du vue particulier et se définit par l’effet qu’il est censé produire. Les élèves de l’Institut disposent pour travailler de documents d’archives et d’échantillons naturels, mais l’essentiel de la formation s’appuie sur lens démonstrations données en atelier : c’est la vertu de l’exemple - sa parole est si parfaitement tendue, lente, pondérée, chaque phrase lestée d’une frappe si claire, chaque intonation si posée, que Paula se trouble comme si la scène était surréelle, comme si elle était entrée sur le plateau d’un théâtre pour y prendre la place qui l’attendait, y endosser son rôle. La voix encore : nous enseignons ici les techniques picturales traditionnelles, peinture à l’huile, peinture à l’eau, et notre méthode consiste - à cet instant la femme ralentit, suspend sa parole, pour la ressaisir après un temps, cassante -, consiste en un entraînement pratique intensif: la présence au cours est obligoire, s’absenter signifie se mettre hors de l’ecole et chaque travail doit être remis en temps et en heure. Une mèche noire échappée d’un chignon rapide perturbe à présent son visage : la réputation de cet établissement est fondée sur la peinture des bois et des marbres ; on pénètre ici dans la matière même de la nature, on explore sa forme pour capter sa structure. Forêts, sous-bois, sol, failles, gouffres, il s’agit là d’un patient travail d’appropriation - Paula interloquée se concentre sur le mouvement des mains qui s’agitent dans l’atmosphère, elle s’u accroche car tout la dépasse ici. Des questions ? Le bureau qui les sépare est une jonchée de papiers où l’administration de l’Institut s’étale en liasses sous une poussière de fer. Entre les fractures fripées et les cartons d’invitation, Paula aperçoit l’esquisse d’un scaphandre bien boulonné au dos d’une enveloppe kraft, balbutie une syllabe inaudible, s’apprête à ouvrir son carton à dessin, quand la femme l’arrête : refermez ça - geste éloquent du plat de la main. Des rayons, roses et dorés, filtrés par les vitraux, taillent des diagonales translucides dans l’espace, créant des auréoles sur les lambris de chêne - chef-d’œuvre de trompe-l’œil -, sur le vieux tapis, sur les cheveux de Paula qui changent de couleur, sur son visage auquel l’étonnement donne maintenant une tout autre lumière. 

Maylis de Kerangal, Un monde à portée de main, 2018


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