Culture Général et expression

Publié le 1 janv. 2020 il y a 1A par Anonyme - Fin › 3 janv. 2020 dans 1A
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Sujet du devoir

TOUJOURS PLUS VITE, UN PROGRÈS ?

 

Vous réaliserez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

 

 

l . Sylvain VENAYRE, « La révolution de la vitesse »,  L'Histoire, no 425-426 juillet 2016.

2.Tristan GARCIA,La Vie intense, une obsession moderne, Éditions Autrement, 2016.

3.Enki BILAL, "On fait du surplace au beau milieu de l'accélération", Le Monde, propos recueillis par Frédéric POTET, octobre 2011.

4.Victor HUGO, En voyage, France et Belgique, 1837.

 

Document I : Sylvain VENAYRE, « La révolution de la vitesse », L'Histoire, no 425-426, juillet 2016

Alors même que la sûreté des communications et le poids inouï des charges désormais transportées furent les aspects majeurs de la révolution des transports, une donnée l'emportait pourtant sur toutes les autres : la vitesse. Dès les années 1820, Chateaubriand I consignait ce qui était alors le désir le mieux partagé, dès qu'on songeait aux déplacements : « Les distances ? Elles ont disparu » (Voyage en Amérique, 1827). Rien ne donne mieux à voir l'expression de ce désir que la passion avec laquelle fut suivie, en Amérique et en Europe, la compétition pour le navire le plus rapide à travers l'Atlantique Nord. Des 15 jours, 10 heures et 30 minutes du Great Western, en 1838, aux 4 jours, 10 heures et 51 minutes du Mauretania2, en 1909, chaque progrès, chaque minute gagnée fut abondamment commentée et célébrée par la presse.

À partir des années 1870, on se mit à parler « Ruban bleu3 » pour désigner le vainqueur de cette course imaginaire, dans laquelle s'illustrèrent surtout des Britanniques et des Américains, en attendant le moment allemand de la Belle Époque. Il n'y a guère de doute que cet effort pour réduire les distances transatlantiques entre l'Europe et les États-Unis ait contribué à donner corps, à cette époque, à la notion d'« Occident » — et ce d'autant plus que, dans les mêmes temps, l'inégal développement des voies ferrées tendait à opposer une Europe du cheval de trait, à l'est, et une Europe du cheval de fer, à l'ouest.

Cette course à la vitesse ne passait pas nécessairement par les grandes innovations techniques du XIXe siècle. Les clippers, ces voiliers remarquables aux belles formes effilées, construits pour aller le plus vite possible et non pour transporter le plus de charge, en témoignèrent avec une élégance dont on devait se souvenir longtemps. En 1866, cinq clippers s'affrontèrent ainsi dans une « grande course du thé » pour rapporter de Chine à Londres la première récolte de l'année, dans un spectacle dont rendirent compte avec ferveur les journaux britanniques. De telles manifestations s'inscrivent assurément dans la généalogie des grandes courses transocéaniques à la voile inventées par le XXe siècle.

Les exploits techniques étaient alors célébrés avec une passion qui dit assez la force du désir qui animait les acteurs de la révolution des transports. Les lignes de chemin de fer les plus hautes semblaient autant de preuves de la conquête du monde par la technique des hommes. En 1854, la voie ferrée reliant Vienne à Trieste franchissait le col de Semmering à une altitude voisine de 1 000 mètres ; en 1871, certaines lignes des Alpes s'élevaient au-delà de 1 500 mètres ; en 1869, l'Union Pacific atteignait 1 850 mètres dans les Rocheuses ; en 1874, le chemin de fer du Pérou franchissait le cap de 3 500 mètres. On pourrait en dire autant des tunnels : celui du Mont-Cenis, achevé en 1870 après treize années de travaux, n'atteignait-il pas la longueur prodigieuse de 12 kilomètres ? L'hubris4 des promoteurs de telles entreprises semble évidente. On songe à cette formule de Michel Butor : la technique réalise « le long désir du monde »5.

I. François-René de Chateaubriand (1768-1848) est un célèbre écrivain dont certaines œuvres témoignent de ses voyages, effectués notamment en Amérique du Nord en 1791 alors qu'il fuyait la Révolution française.

Paquebot transatlantique britannique propulsé par des turbines à vapeur.

Récompense créée au XIXC siècle par les compagnies de navigation transatlantiques qui organisaient des courses de vitesse entre l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord.

Mot grec qui désigne la démesure des hommes, par opposition à la tempérance et à la modération. 5. Citation extraite de « Le point suprême et l'âge d'or travers quelques œuvres de Jules Verne », Répertoire, I, 1960.

 

 Document 2 : Tristan GARCIA, La Vie intense, une obsession moderne, Éditions Autrement, 2016

La société moderne ne promet plus aux individus une autre vie, la gloire de l'au-delà, mais seulement ce que nous sommes déjà — plus et mieux. Nous sommes des corps vivants, nous éprouvons du plaisir et de la peine, nous aimons, sans cesse des émotions s'emparent de nous, mais aussi nous cherchons à satisfaire nos besoins, nous voulons nous connaître et connaître ce qui nous entoure, nous espérons être libres et vivre en paix. Eh bien, ce qui nous est offert de meilleur, c'est cette augmentation de nos corps, une intensification de nos plaisirs, de nos amours, de nos émotions, c'est toujours plus de réponses à nos besoins, c'est une connaissance meilleure de nous-mêmes et du monde, c'est le progrès, c'est la croissance, c'est l'accélération, c'est plus de liberté et une paix meilleure. C'est la formule même de toutes les promesses modernes, auxquelles nous ne savons plus tout à fait s'il faut y croire : une intensification de la production, de la consommation, de la communication, de nos perceptions, aussi bien que de notre émancipation. Nous incarnons depuis quelques siècles un certain type d'humanité : des hommes formés à la recherche d'intensification plutôt que de transcendancel , comme l'étaient les hommes d'autres époques et d'autres cultures.

Dès notre plus jeune âge, nous apprenons à vouloir et à désirer plus de la même chose. Et paradoxalement, nous apprenons en même temps à guetter de la variation, de la nouveauté. Dans un cas comme dans l'autre, on nous enseigne à ne plus attendre quoi que ce soit d'absolu, d'éternel ou de parfait : ce que nous sommes encouragés à appeler de nos vœux, c'est la maximalisation de tout notre être.

Rien d'abstrait dans cette formule : c'est même notre condition la plus concrète, et la plus triviale. Il suffit d'entendre les mots qui nous sont adressés quotidiennement par les marchandises que nous consommons. Dans le monde contemporain, la moindre proposition de plaisir est une promesse d'intensité : la publicité n'est rien d'autre que le langage articulé de cette griserie de la sensation. Ce qui nous est vendu, ce n'est pas seulement la satisfaction de nos besoins, c'est la perspective d'une perception augmentée et d'un progrès la fois mesurable et inestimable d'un certain plaisir sensuel, chocolat intense 86 96 l'aleool Intense Vodka les crèmes glacées (n Magnum intense les goûts et les fragrances ; les parfums sont • intenses • on tige ainsi des expériences, des moments, des visages. Par un anglicisme' de plus en plus fréquent. on affirme même de quelqu'un de remarquable qu'il est • intense On le dit aussi bien de tout ce qu'on a consommé de fort. de soudain et d'original.

I. Caractère de ce qui est supérieur, va au-delà.

2. Mot emprunté à la langue anglaise.

 

Document 3 : Enki BILAL. «On fait du surplace au beau milieu de l'accélération », Le Monde, octobre 2011

Dans le cadre des Rencontres philosophiques, forum organisé annuellement par Ie Journal Le Monde et la ville du Mans, le dessinateur et réalisateur Enki Bilal est interrogé par le journaliste Frédéric Potet sur la question du temps et de l'accélération dans ses Œuvres.

Le Monde : Le temps va tellement vite qu'on a l'impression de ne plus avoir le temps de faire quoi que ce soit. C'est aussi votre impression ?

Enki Bilal : Je trouve qu'on fait du surplace au beau milieu de l'accélération. Le tournant est évidemment l'arrivée d'Internet. J'en vois les effets sur moi. Autrefois, mon rythme était beaucoup plus ralenti et plus ordonné qu'il ne l'est désormais. J'avais besoin, le matin, de poser mon cerveau en lisant tranquillement la presse avant de me concentrer sur mon travail. Si je ressens toujours le besoin de lire du papier, la première chose que je fais en ouvrant la porte de mon atelier est d'aller voir sur mon ordinateur si j'ai des mails, et c'est souvent sans intérêt ; j'embraye alors sur des sites d'infos et je dois lutter pour me reprendre en main et me protéger de ce trop-plein d'informations. Je suis dans un état de piétinement dont je dois me dépêtrer, surtout en ce moment : je fais en effet de la peinture, une activité impulsive qui n'occupe pas autant l'esprit que l'écriture d'un livre par exemple (j'en attaque heureusement un nouveau dans les jours qui viennent). Bref, je découvre que j'ai une faille et que je suis plus vulnérable que je ne le croyais. Cette accélération est dangereuse car elle crée de la confusion.

Comment cette confusion se manifeste-t-elle ?

Je maîtrise moins bien la gestion de mon temps. Je notais autrefois mes rendez-vous sur un petit calepin. Mon agenda est désormais sur un ordinateur dont je ne connais pas toutes les potentialités. Résultat : il m'est arrivé plusieurs fois, ces dernières années, de laisser des gens à la porte de chez moi. C'est évidemment un problème générationnel. Je fais partie de ceux qui ont pris le train technologique en marche. Les nouvelles générations, qui ont le cortex branché sur ces nouveaux outils, ont une meilleure maîtrise de leur temps et vont à l'essentiel, au point de ne plus s'embarrasser d'objets aussi matériels que des journaux ou des livres — ce qui est un problème. Imaginez un énorme bug dans un monde où il n'y aurait plus que des bibliothèques numérisées : tous les livres disparaîtraient d'un coup.

Faut-il pour autant diaboliser cette accélération technologique ?

Non, jamais. Même si d'un côté c'est le règne du zapping : on décrète que tel film va nous plaire ou pas simplement en regardant un extrait. De l'autre côté, ces mêmes outils d'information en temps réel peuvent devenir de formidables leviers : on l'a vu pendant les révolutions arabes . L'accélération du temps peut donc avoir du bon. t... ]

Faut-il croire à la décélération réclamée par certains ?

Je crains que ce soit une utopie. Notre monde est celui de la tentation. Les nouveaux outils technologiques nous invitent à consommer plus que de raison. Ils sont le prolongement d'un monde où règnent le marketing et le fantasme. Je les vois plutôt comme de la provocation dans la mesure où tout le monde n'a pas les moyens de se les procurer, et encore moins d'acheter ce qui est vanté sur leurs écrans miniatures. On n'est plus dans : « Big Brother is watching you ». Mais dans : « Big brands are watching you » (« les grandes marques vous regardent »). La vitesse du marketing finit par polluer l'idée que l'homme a besoin d'un temps pour se reposer, d'un autre pour étudier, d'un autre pour faire l'amour... Tout va trop vite, oui. Et nos cerveaux ne suivent plus, ils sont trop usés, voire abusés. C'est à se demander si le développement de la maladie d'Alzheimer3 n'a pas à voir avec cette accélération.

II est souvent fait procès aux médias d'encourager cette course effrénée, sur le thème : une info en écrase une autre...

C'est plutôt la faute à la télé qui a préparé le terrain il y a une quinzaine d'années au nom de la course à l'audience. Combien de fois a-t-on vu un JT ouvrir avec un fait divers atroce au lieu d'un sujet plus complexe mais décisif pour la marche du monde ? Les choses se sont ensuite lâchées avec les outils nomades qui ne sont, en fait, que, des mini-télés de poche. Cette impression qu'une info chasse l'autre frise l'indécence. La technologie nous trompe car le monde ne change pas fondamentalement. Il y a toujours eu des guerres, des famines, des accidents. . . Imaginons que des caméras aient pu capter ce qui se passait sur Terre il y a par exemple deux ou trois siècles : nous aurions eu le même sentiment de successions d'événements.

Quelle est la place de l'artiste dans ce maelström ?

Soit il s'empare de cette accélération pour en tirer une énergie, voire en faire un sujet. Soit il se préserve du flux et transmet un message autonome, à son propre rythme. Je suis davantage dans cette disposition aujourd'hui. Mais un autre aspect se fait jour : ces nouveaux outils produisent quantité de nouveaux artistes. Il y a trois ans, j'ai présidé le jury d'un festival de films sur téléphone portable à Beaubourg : figurez-vous qu'il y avait des choses formidables ! Le cinéma, dans ma jeunesse, était très compliqué d'accès : il fallait avoir une caméra super-8, attendre pour le développement4 des films, passer par une école spécialisée. . . Tout est tellement plus simple aujourd'hui. Et plus rapide, donc. Une question se pose toutefois : parmi cette prolifération d'artistes, lesquels vont durer, précisément dans ce temps ? Vous avez vu ? C'est curieux, combien nous avons parlé vite, vous et moi.

l. Contestation populaire non violente — appelée aussi le « Printemps arabe » — ayant émergé fin 2010 et en 2011 et s'étant notamment diffusée via les réseaux sociaux en Tunisie, puis en Égypte, avant de gagner rapidement d'autres pays arabes.

2. « Big Brother » est une référence à 1984, roman d'anticipation de George Orwell publié en 1948. Dans ce roman, tous les citoyens sont espionnés par des « télécrans », un système de vidéosurveillance diffusant en permanence des messages de propagande et répétant régulièrement la phrase « Big Brother is watching you ».

3, Maladie neuro-dégénérative qui se caractérise par des troubles de la mémoire récente, causant ainsi une perte de repères dans l'espace et dans le temps.

4. « Super-8 » est un format de pellicule, le ruban sur lequel venaient s'imprimer les images filmées par la caméra. Le développement des pellicules consistait à fixer les images à l'aide de produits chimiques.

 

Document 4 : Victor HUGO, En voyage, France et Belgique, 1837

Dans une lettre datant de 1837 et adressée à son épouse Adèle, Victor Hugo Fait Part de son enthousiasme inattendu pour le train.

Je suis réconcilié avec les chemins de fer ; c'est décidément très beau. Le premier que j'avais vu n'était qu'un ignoble chemin de fabrique. J'ai fait hier la course d'Anvers à Bruxelles et le retour. Je partais à quatre heures dix minutes et j'étais revenu à huit heures un quart, ayant dans l'intervalle passé cinq quarts d'heure Bruxelles et fait vingt-trois lieuesl de France.

C'est un mouvement magnifique et qu'il faut avoir senti pour s'en rendre compte. La rapidité est inouïe. Les fleurs du bord du chemin ne sont plus des fleurs, ce sont des taches ou plutôt des raies rouges ou blanches ; plus de points, tout devient raie ; les blés sont de grandes chevelures jaunes, les luzernes sont de longues tresses vertes ; les villes, les clochers et les arbres dansent et se mêlent follement à l'horizon ; de temps en temps une ombre, une forme, un spectre, debout, paraît et disparaît comme l'éclair à côté de la portière ; c'est un garde du chemin qui, selon l'usage, porte militairement les armes au convoi. On se dit dans la voiture : C'est à trois lieues, nous y serons dans dix minutes.

Le soir, comme je revenais, la nuit tombait. J'étais dans la première voiture. Le remorqueur flamboyait devant moi avec un bruit terrible, et de grands rayons rouges, qui teignaient les arbres et les collines, tournaient avec les roues. Le convoi qui allait à Bruxelles a rencontré le nôtre. Rien d'effrayant comme ces deux rapidités qui se côtoyaient, et qui, pour les voyageurs, se multipliaient l'une par l'autre. On ne se distinguait pas d'un convoi à l'autre ; on ne voyait passer ni des wagons, ni des hommes, ni des femmes, on voyait passer des formes blanchâtres ou sombres dans un tourbillon. De ce tourbillon sortaient des cris, des rires, des huées. Il y avait de chaque côté soixante wagons, plus de mille personnes ainsi emportées, les unes au nord, les autres au midi, comme par l'ouragan.

Il faut beaucoup d'efforts pour ne pas se figurer que le cheval de fer est une bête véritable. On l'entend souffler au repos, se lamenter au départ, japper en route ; il sue, il tremble, il siffle, il hennit, il se ralentit, il s'emporte ; il jette tout le long de sa route une fiente de charbons ardents et une urine d'eau bouillante ; d'énormes raquettes d'étincelles jaillissent tout moment de ses roues ou de ses pieds, comme tu voudras, et son haleine s'en va sur nos têtes en beaux nuages de fumée blanche qui se déchirent aux arbres de la route.

On comprend qu'il ne faut pas moins que cette bête prodigieuse pour traîner ainsi mille ou quinze cents voyageurs, toute la population d'une ville, en faisant douze lieues à l'heure.

 

I. Ancienne unité de mesure. Une lieue équivaut à 4 km environ.

Où j'en suis dans mon devoir

Bonjour , je ne sais pas comment commencé ma syntèse, quelqu'un peut m'aider ?




1 commentaire pour ce devoir


Entrechat
Entrechat
Posté le 2 janv. 2020

Il faut commencer par vérifier s'il y a un thème commun, et lequel.

Puis présenter la thèse de chaque auteur.


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